Turista : prévenir et soigner la diarrhée du voyageur

La turista (ou diarrhée du voyageur) se définit par au moins trois selles non formées en 24 heures pendant un voyage ou au retour. Elle est le plus souvent bénigne et guérit seule en 1 à 3 jours. Le geste qui compte : boire beaucoup dès les premières selles liquides, avec des liquides salés et sucrés ou des sachets de réhydratation. Les antibiotiques ne sont pas un réflexe : le Haut Conseil de la santé publique les réserve à des cas précis.

Ce guide reprend les recommandations sanitaires aux voyageurs du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), édition 2026, publiées en juillet 2026 et destinées aux professionnels de santé. Il ne remplace pas une consultation : avant un voyage en zone tropicale, parlez-en à votre médecin ou à un centre de vaccinations internationales.

Turista : l’essentiel

  • Fréquente : selon une revue citée par le HCSP, 20 à 56 % des voyageurs internationaux adultes ont une diarrhée dans les 100 jours du voyage.
  • Causes : des bactéries dans environ 80 % des cas identifiés, plus rarement des virus ou des parasites.
  • Prévention : hygiène des mains, plats chauds, eau en bouteille capsulée ouverte devant soi, pas de glaçons ni de crudités.
  • Traitement : réhydratation d’abord ; racécadotril possible en forme bénigne ou modérée ; lopéramide seulement dans des cas précis.
  • Consultez en cas de fièvre, de sang dans les selles, de déshydratation ou de diarrhée qui dure (surtout avant 2 ans).

Qu’est-ce que la turista ?

Le HCSP définit la diarrhée du voyageur comme l’émission, pendant ou au retour d’un voyage, d’au moins 3 selles non formées en 24 heures, ou de selles plus fréquentes que d’habitude (définition plus adaptée aux nourrissons). Il s’agit le plus souvent d’une « turista » : un épisode aigu bénin qui survient pendant le séjour ou dans les 7 jours qui suivent le retour, et qui guérit spontanément en 1 à 3 jours.

Le risque augmente avec la durée du voyage ; le tourisme et les voyages « aventureux » sont considérés comme des facteurs de risque. Chez les enfants voyageurs, la diarrhée est rapportée dans 13,5 % à 39 % des cas, plus souvent avant 2 ans et à l’adolescence.

D’où vient-elle ?

Quand un microbe est identifié, il s’agit dans environ 80 % des cas d’une bactérie (surtout Escherichia coli, puis Campylobacter, Shigella, salmonelles), plus rarement d’un virus (10 à 15 %, surtout norovirus) ou d’un parasite (5 à 10 %, surtout Giardia). La contamination passe par l’eau, les aliments et les mains (péril fécal).

Bénigne, modérée ou sévère : la classification officielle

FormeDéfinition HCSPQue faire ?
BénigneSupportable, sans répercussion sur les activités prévuesRéhydratation ; racécadotril possible
ModéréePénible, perturbe les activités prévuesRéhydratation ; racécadotril possible
SévèreRend les activités difficiles ou impossibles ; tout syndrome dysentérique (sang abondant dans les selles)Consultation médicale ; pas de lopéramide
PersistanteÉvolue plus de deux semainesConsultation médicale (analyse de selles)
D’après HCSP, Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026, § 4.

Comment éviter la turista ?

La prévention repose sur l’hygiène. Les règles du HCSP, transformées en check-list :

  • Lavez-vous les mains avant les repas, avant de toucher des aliments et après les toilettes ; à défaut d’eau et de savon, utilisez une solution hydroalcoolique.
  • Préférez les plats servis chauds ; évitez la nourriture de rue quand la chaîne du chaud ou du froid paraît incertaine.
  • Buvez de l’eau en bouteille capsulée, ouverte devant vous ; à défaut, faites-la bouillir 1 minute à gros bouillons ou désinfectez-la (pastilles à base de DCCNa ou d’hypochlorite), après filtration si elle est trouble.
  • Évitez glaçons, jus de fruits frais artisanaux, crudités, coquillages (surtout crus), plats réchauffés et glaces artisanales.
  • Lavez ou pelez vous-même les fruits, après vous être lavé les mains.
  • Mangez bien cuits les œufs, viandes, poissons et crustacés ; préférez le lait pasteurisé ou bouilli.

L’eau du robinet peut être bue dans les pays où elle est traitée et sans risque de contamination : renseignez-vous sur place.

Faut-il prendre un traitement préventif ?

Non, en règle générale. Le HCSP note que certains produits (bismuth, rifaximine, probiotiques) pourraient avoir une efficacité, mais ils ne sont pas recommandés pour l’instant ; les probiotiques peuvent être envisagés dans des situations particulières à risque (déficit immunitaire, maladie inflammatoire chronique de l’intestin). Chez le nourrisson de moins de 6 mois, la vaccination contre le rotavirus est recommandée.

Que faire si vous avez la turista ?

1. Boire, tout de suite

C’est la mesure primordiale. Buvez sans restriction de volume dès les premières selles liquides, sans attendre la soif : liquides salés et sucrés en alternance (bouillons, cola…) ou solutés de réhydratation orale en sachets, surtout pour les jeunes enfants et les personnes âgées. L’eau seule ne suffit pas. En cas de vomissements, donnez de petites quantités souvent (à la cuillère). Reprenez tôt une alimentation diversifiée.

2. Les médicaments contre la diarrhée

MédicamentCe que dit le HCSP 2026
Racécadotril (antisécrétoire)Peut atténuer les symptômes en forme bénigne ou modérée ; à éviter pendant la grossesse, ne devrait pas être pris pendant l’allaitement
Lopéramide (ralentisseur du transit)Déconseillé en général (constipation et ballonnements) ; réservé aux diarrhées très liquides et abondantes ou à une nécessité (trajet en avion), à partir de 15 ans ; contre-indiqué en cas de sang dans les selles ou de fièvre
Pansements intestinaux (diosmectite…)Efficacité non prouvée
ProbiotiquesNiveau de preuve faible ; certaines souches ont montré une efficacité chez l’enfant dans les gastro-entérites
Synthèse Destination de Voyage d’après HCSP, édition 2026. Demandez conseil à un médecin ou un pharmacien avant tout traitement.

3. Et les antibiotiques ?

Le HCSP souligne un risque élevé d’acquérir, en voyage, des bactéries multirésistantes (portage de 21 à 51 % selon les zones, jusqu’à 85 % pour l’Asie du Sud-Est et surtout le sous-continent indien). Il ne recommande donc un antibiotique « probabiliste » qu’en l’absence de possibilité de consulter rapidement, et seulement en cas de diarrhée sévère (dont tout syndrome dysentérique) ou chez une personne fragile (personne âgée, immunodépression sévère, drépanocytose…). Dans tous les autres cas, il n’est pas recommandé. Le choix de la molécule (azithromycine, ou ciprofloxacine hors Asie) relève d’une prescription médicale.

Quand consulter ? L’arbre de décision

Synthèse Destination de Voyage d’après les situations listées par le HCSP (en cas de doute, consultez) :

SituationConduite
Fièvre associéeConsultation systématique : un paludisme peut ressembler à une gastro-entérite fébrile, surtout chez l’enfant ; la fièvre typhoïde est l’autre diagnostic à évoquer
Sang dans les sellesConsultation (forme grave) ; pas de lopéramide
Signes de déshydratation ou impossibilité de boire (vomissements)Consultation rapide, éventuellement pour une perfusion
Enfant de moins de 2 ans dont la diarrhée persisteConsultation
Diarrhée de plus de deux semainesConsultation (analyse de selles)
Diarrhée bénigne, sans fièvre, vous buvez bienRéhydratation, repos ; consultez si cela ne passe pas

Chez l’enfant, le HCSP demande aux parents de savoir repérer la déshydratation : soif, enfant apathique ou moins actif, pâleur ou teint grisâtre, extrémités froides, marbrures, yeux très cernés ou creusés, bouche sèche.

Pays à risque et paludisme

Si vous voyagez en zone d’endémie palustre, une diarrhée avec fièvre doit faire penser au paludisme : voyez notre guide paludisme. Pour la dengue, autre cause de fièvre au retour des tropiques, voyez notre guide dengue.

La trousse anti-turista à préparer

D’après les recommandations ci-dessus, à valider avec votre médecin ou pharmacien :

  • sachets de solution de réhydratation orale (indispensables avec des enfants) ;
  • solution hydroalcoolique ;
  • pastilles de désinfection de l’eau, voire un filtre portatif pour un voyage hors des sentiers battus ;
  • un antidiarrhéique adapté à votre âge et à votre situation, sur conseil médical ;
  • un thermomètre, pour repérer une fièvre qui impose de consulter ;
  • les coordonnées de votre assurance : une consultation ou une perfusion à l’étranger peuvent coûter cher (voir assurance voyage).

Questions fréquentes sur la turista

Combien de temps dure la turista ?

Le plus souvent 1 à 3 jours, avec une guérison spontanée, selon le HCSP. Au-delà de deux semaines, on parle de diarrhée persistante, qui justifie une consultation.

Comment éviter la turista ?

Lavage des mains, plats chauds, eau en bouteille capsulée ouverte devant soi, et pas de glaçons, crudités, coquillages crus ni glaces artisanales.

Quel médicament prendre contre la turista ?

D’abord se réhydrater. Le racécadotril peut atténuer une forme bénigne ou modérée ; le lopéramide est réservé à des cas précis, à partir de 15 ans, jamais en cas de fièvre ou de sang dans les selles. Demandez conseil à un professionnel de santé.

Faut-il partir avec un antibiotique ?

Pas systématiquement. Le HCSP réserve l’antibiotique aux diarrhées sévères ou aux personnes fragiles, quand on ne peut pas consulter rapidement, à cause du risque de bactéries multirésistantes.

Les probiotiques préviennent-ils la turista ?

Leur efficacité n’est pas assez démontrée : le HCSP ne les recommande pas pour l’instant, sauf situations particulières à risque.

Nos sources

  • Haut Conseil de la santé publique, « Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026 » (document du 28 mai 2026, mis en ligne le 7 juillet 2026), chapitre 4 « Diarrhée du voyageur et autres risques alimentaires », consulté le 23 octobre 2026.

Article mis à jour en octobre 2026.